« Dating assistant » ou comment j’ai aidé un homme à trouver une compagne via internet

Publié le 22-11-2013 à 12h26 

Par 
marketing manager

LE PLUS. Les sites de rencontres explosent, des internautes y passent des heures avant de rencontrer parfois la bonne personne. Mais pour ne pas y passer trop de temps, un nouveau métier est apparu : celui de « dating assistant ». Quelqu’un qui drague pour vous sur internet, avant de vous laisser aller au rendez-vous. Ambre Franrenet a testé ce nouveau métier. Témoignage.

Édité par Mélissa Bounoua  Auteur parrainé par Yannick Comenge

(photo d’illustration VALINCO/SIPA)

Internet ne manque pas de m’étonner avec tous ces nouveaux métiers qui pointent leur nez : chargé de référencement, ergonome, motion designer, community manager… J’ai voulu tester un job un peu plus fun, le « dating assistant« . Celui-ci ne vous fait pas de photocopies (et toujours pas de cafés), mieux que ça : il épie les sites de rencontres et passe au crible les multiples demandes de contact reçues dans votre boite mail à votre place ! Intriguée, je suis allée voir de plus près et j’ai postulé.

J’ai découvert NetDatingAssistant en feuilletant un magazine féminin. Cette société prétend recruter des champions de la drague pour des CSP+ qui n’ont ni le temps, ni la motivation de draguer sur des sites de rencontres. En réalité, le concept existe depuis 2009 aux États-Unis et Matthieu et Vincent, les deux fondateurs, ont eu l’idée d’importer ce service dans notre beau pays.

Le « défi séduction »

 

Pour être éligible en qualité de « dating assistant« , Matthieu sélectionne rigoureusement les nombreuses candidatures envoyées chaque jour sur sa boite (CV et lettre de motivation avec le souci des belles plumes). J’ai donc voulu tenter ma chance, une fois cette étape franchie, il m’a proposé un rendez-vous Skype pour m’expliquer en détail les missions du job, la rémunération, les horaires, etc. L’entretien concluant, il m’a ensuite proposé de relever « le défi séduction en 4 jours ».

Ma mission : séduire le maximum de femmes en un temps record en décrochant un maximum de rendez-vous amoureux. Je trouve le job amusant, je ne mesure pas encore réellement ce qu’il implique.

Mathieu m’est sympathique, j’ai du temps, j’adore écrire, j’accepte donc de poursuivre l’aventure. Je reçois alors les photos de mon client avec une fiche synthétisant son entretien avec description et disponibilités personnelles, ainsi que les exigences vers sa cible amoureuse.

C’est parti pour quatre jours de drague, dans la peau d’un homme (puisque 70% des clients sont de sexe masculin). Je m’imprègne de mon personnage, je mémorise ses critères de recherches. Pour n’en citer que quelques-uns, il souhaite rencontrer une femme, entre 25 et 35 ans, mesurant minimum 1,60 m, bien faite, brune aux yeux clairs, active et ambitieuse.

Je crée la boite mail de mon client, son profil sur le site de rencontres en ligne POF.fr, avec les photos envoyées au préalable par mon commanditaire. Je brode un maximum autour de ma fiche de présentation pour la rendre la plus attractive et m’attirer immédiatement les profils compatibles. Je découvre le site, impressionnée par le nombre d’abonnés connectés. Je me familiarise avec les outils disponibles (envoi de roses, recherche de femmes en ligne, messagerie personnelle…).

Dans la peau d’un homme

Je démarre la drague en prenant garde à mes accords : « enchantée » remplacé par « enchanté », j’ai l’identité d’un homme, je ne dois pas l’oublier. J’use donc d’un vocabulaire plus masculin et inhabituel, je m’amuse à écrire au cours d’un échange « no zob in job » – expression que j’ai entendue de la bouche un peu triviale d’un de mes collègues de bureau – , je m’esclaffe en recevant de mon destinataire : « je reconnais bien là l’esprit masculin ». Et moi de penser « je suis trop forte » (enfin « trop fort », je suis un homme après tout).

Flattée derrière mon ordinateur portable, je reçois des demandes de flirt : j’étudie alors les fiches avant de répondre. Dommage, deux d’entres elles sont hors de ma cible puisqu’adressées par des femmes quadragénaires quand mon client souhaite rencontrer des femmes âgées de 25 à 35 ans. Je décline poliment.

Une autre, trentenaire m’envoie « un coucou » (option du site POF), je lui réponds après avoir pris connaissance rapidement de sa fiche : « Enchanté, vous êtes très jolie et très photogénique ! Comment se fait-il qu’une jeune femme aussi jolie soit célibataire ? ». Je m’auto-moque car c’est typiquement la phrase que j’aurai détesté recevoir en tant que femme inscrite sur un site de rencontres.

J’ai tenté le coup. Je reçois un message crypté en langage sms : « Je c pas que rzch tu ». Etant données les exigences de mon client, je suis sûre qu’il n’apprécierait pas cette réponse. Je coupe court à l’échange assez rapidement.

Un bon dragueur

Pour attirer l’attention de mes cibles, je joue d’abord avec leurs statuts, ma technique n’est pas infaillible mais assez recommandable. Je constate que mes rendez-vous potentiels vont étudier ma présentation avant de me répondre. L’une d’entre elles m’écrit par exemple : « Ton profil est plaisant à lire, drôle, décalé par rapport ‘au reste' ».

Visiblement, je ne suis pas un si mauvais dragueur ! Alors qu’en temps normal (en femme à vrai dire), je n’ai jamais été entreprenante.

Je m’enflamme un peu trop vite, je prends la grosse tête, je m’invente une vie autour des informations que j’ai de disponibles sur la fiche de mon client. Je reçois comme un boulet de canon : « Tu me donnes l’impression de ‘prendre toute la place’ comme on dit et moi qui suis timide, je ne suis pas sûre d’avoir assez d’air pour pouvoir respirer à côté de toi ». Mais je reçois un peu plus tard : « J’hésite te concernant… Gros dragueur ou vrai épicurien ? » Une fois de plus, j’accueille son interrogation comme un sacré compliment. Aurai-je le profil de « dating assistant » ?

Je mens pour sauver les rendez-vous de mon client, j’obtiens mon afterdrink dès le premier soir.

Tous les moyens sont bons

Je m’amuse à usurper une identité masculine. Graines de schizophrénie et mythomanie réunies, tous les moyens sont bons pour séduire et décocher un rendez-vous. J’invente une histoire sortie de nulle part et complètement bancale avec une employée fictive pour tenter de capter l’attention d’une jolie manager et décrocher un rendez-vous sur un alibi de conseils professionnels.

Nous échangeons le temps d’une soirée, on se raconte nos vies avant qu’elle ne coupe précipitamment. J’aurai la surprise dès le lendemain, de découvrir son mail : « bonsoir, pour les cours particuliers j’ai des honoraires très élevés mais c’est bientôt noël alors nous pourrons en discuter autour d’un brunch pour cette fois ». Je suis excité(e) comme une puce. Elle mesure 1,55 (mon client souhaitait 1,60 minimum) et elle est en parfaite adéquation avec les exigences demandées : bon job, brune aux yeux bleus, intéressante, ambitieuse…

Un chasseur d’âmes sœur 2.0

Je passe aux nombreux autres échanges, certains de prime abord froids et réservés : « tu as l’air charmant mais nos univers me semblent trop différents, inutile de perdre ton temps ». Que je suis arrivée à réchauffer le lendemain par : « Oui qui sait… Peut être qu’on s’échappera d’ici, notre échange perdurera jusqu’à ce que tu viennes te perdre quelques heures chez moi… ». Chaud bouillant juste avant de couper ma connexion pour aller me coucher. Ah si j’étais un homme, je serais un Don Juan.

Voici donc quelques anecdotes rencontrées au cours de mon « défi ». J’ai choisi de le vivre comme une actrice, avec la toile pour scène de jeu.

Mais je ne suis pas sûre de la suite. Si j’accepte un contrat, tel un agent secret du web commandité par un client, je connaîtrai les détails les plus intimes de femmes qui ne sauront rien en retour de ma personne. Pensant parler à un autre homme, elles échangeront avec une femme en toute confiance puis je reporterai nos échanges vers mon client. Si je suis un bon assistant, je collaborerai peut-être ensuite avec des « wedding planner » sinon je resterai l’entremetteuse d’un soir ou peut-être d’une histoire qui se comptera en mois ?

Tel un fantôme, un confident, un chasseur d’âmes sœur 2.0, ma mission est de séduire puis décrocher un rendez-vous.

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