ITV BRAIN MAG : VIS MA VIE – AMBRE, NETDATING ASSISTANT

INTERVIEW

VIS MA VIE – AMBRE, NET DATING ASSISTANT

Jeudi, 30 Octobre 2014

Débarqué des Etats-Unis, le métier de net dating assistant tend aujourd’hui à s’imposer en terres françaises. Brain est donc parti à la rencontre d’Ambre, une jeune femme de 35 ans payée depuis environ un an et demi par des client(e)s pour séduire des femmes ou des hommes sur des sites de rencontres.

Commençons simplement : comment es-tu devenue une net dating assistant ?

Ambre Franrenet : Pour tout dire, j’ai fait plus de dix ans de marketing dans des boîtes d’informatique avant de bifurquer vers le milieu de la mode et de me spécialiser dans une agence publicitaire où je faisais de la production. Mais j’ai toujours été passionnée de développement personnel et de psychologie. Depuis mon adolescence, j’ai d’ailleurs beaucoup travaillé sur moi-même, notamment en testant pas mal de techniques, que ce soit l’hypnose ou la psychothérapie. Sur Paris, j’avais donc envie de me lancer en qualité de coach, et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré l’homme avec qui je partage ma vie et qui m’a demandé de le suivre en Equateur, où il lançait un hôtel haut de gamme. Ce que j’ai fait, car j’estimais que l’endroit qu’il venait de créer était idéal pour faire venir des Français et créer des stages de bien-être. C’est à ce moment-là que je suis tombée sur leNet Dating, et j’ai trouvé ça génial.

Comment as-tu réussi à intégrer l’équipe ?

En fait, ça marche par étapes. Il y a d’abord un premier essai où les dirigeants te demandent de draguer un personnage imaginaire. Une fois que tu as réussi ce test, ils te confient un client réel, avec de vraies exigences, pour lui trouver quelqu’un par rapport à ses critères de recherche. Comme tout s’est bien passé, on a commencé notre collaboration.

J’imagine qu’il doit y a avoir un vrai travail psychologique derrière, non ?

Oui, mon but est vraiment de plonger dans la tête de mes clients, de tenter de comprendre ce qui peut clocher chez eux, de savoir pourquoi ils sont encore célibataires, de connaître leurs exigences. Il faut vraiment se mettre dans leur peau. Pour cela, j’ai régulièrement des conversations sur Skype ou par mail. Une fois que tout est clair, je travaille avec eux leur profil et leurs photos, qui sont parfois vraiment mauvaises.

Acceptes-tu tous les profils ?

Non, je suis obligée d’en refuser un certain nombre. Déjà parce que je n’accepte que deux clients par mois, histoire de pouvoir les accompagner et les guider correctement. Et puis parce que certains viennent vers nous en disant clairement qu’ils veulent tromper leur femme ou leur mari. Je n’ai pas de jugement à avoir, mais je préfère ne pas rentrer là-dedans. Mon but, c’est vraiment de développer l’aspect coaching, de conseiller au mieux les personnes. Par exemple, quand un mec de 50 ans au physique très éloigné de celui de Tom Cruise vient me voir et me demande de lui trouver des midinettes de 20 ans, je suis obligée de le recadrer. Il y a à ce moment-là un vrai travail psychologique à effectuer pour lui faire comprendre qu’il doit redescendre de son nuage.

Tu dragues aussi bien les hommes que les femmes. Comment t’adaptes-tu à chaque profil ?

Il faut déjà savoir que tous les clients n’ont pas les mêmes attentes. Certains cherchent simplement du réconfort, d’autres sont beaucoup plus exigeants et te prennent vraiment pour leur secrétaire. Mais bon, ces personnes sont souvent assez faciles à recadrer, il suffit de trouver les bons mots et de leur faire comprendre qu’il ne faut pas tout miser sur le physique. Le plus important, dans tous les cas, c’est de ne pas laisser le client prendre le relais des conversations. La personne d’en face le ressentirait instantanément. C’est pourquoi les échanges avec nos clients doivent se faire régulièrement afin de revenir sur certains détails.

Les sites de rencontres pullulent aujourd’hui. Certains fonctionnent-ils mieux que d’autres ?

Sur Paris, c’est clairement AdopteUnMec.com qui marche le mieux. Et pour toutes les catégories – ce n’est pas seulement réservé aux plus jeunes. Sinon, je pense que Meetic est le plus répandu en régions. Le problème de tous ces sites, c’est qu’ils ne permettent pas de connaître les vrais intérêts des gens au premier coup d’œil. C’est très généraliste. Mais bon, l’important reste que le client soit satisfait. C’est mon objectif et je n’en ai pour le moment déçu aucun. Ça ne veut pas dire que tous les clients avec lesquels j’ai travaillé sont encore avec la personne, mais ils ont tous tenté de construire une relation.

J’imagine que tu dois être particulièrement fière d’un couple en particulier ?

Oui, bien sûr. Je me suis occupée d’un client d’une trentaine d’années qui vit sur Annecy. Au début, le gars était super réticent à l’idée de rencontrer une femme qui puisse habiter loin de sa ville. Mais après plusieurs conversations, j’ai réussi à lui faire comprendre qu’il aurait beaucoup de mal à rencontrer une personne dans les alentours. Je lui ai donc proposé de rencontrer une femme qui habitait à 1h30 de chez lui. Ça lui semblait être le bout du monde, mais aujourd’hui, elle a déménagé et ils pensent même à se marier. Et ce qui est marrant, c’est qu’il pense même m’inviter à son mariage. Ça me rend fière, d’autant que je connais sa femme par cœur, même si elle ne m’a jamais vue.

Ce ne doit pas être évident de parler de choses hyper-intimes, non ?

Oui, et c’est pour ça qu’en règle générale, j’essaye au maximum d’éviter ce type de discussions. Le but du net dating assistant n’est pas de rentrer dans l’intimité de la personne en face. Mais dans ce cas-là, elle souhaitait vraiment me parler d’elle. Du coup, il faut s’adapter et savoir écouter. Surtout s’il s’agit de femmes, qui ont souvent besoin de se sentir écoutées.

Tu n’as jamais l’impression d’être une usurpatrice ?

C’est normal que les gens se posent cette question. Oui, j’usurpe l’identité de quelqu’un, mais je pense le faire avec beaucoup de bienveillance. Je ne cherche pas à rentrer dans l’intimité des gens. Je m’attache bien évidemment à eux puisque je les choisis et que je prends le temps de les suivre, mais ça ne va pas plus loin. Il y en a un que j’ai même poussé à éditer son bouquin pour qu’il prenne davantage confiance en lui. Il me demande encore régulièrement des nouvelles. Je ne vois pas de voyeurisme dans ce métier-là. Je le fais uniquement pour satisfaire mon client.

Justement, ces clients, à quoi ressemblent-ils ?

Ça couvre vraiment toutes les catégories sociales. Mon plus jeune client, par exemple, avait une vingtaine d’années. C’était un garçon très brillant, en thèse, travaillant sur des postes prestigieux en parallèle, mais qui souffrait d’un cruel manque de confiance personnelle. Comme souvent chez mes clients. Sinon, il y a aussi pas mal de CSP+, comme cette femme de 50 ans que j’ai accompagnée. Elle était hyper-exigeante, extrêmement passionnée de golf, mais j’ai fini par lui trouver le mec parfait physiquement. Aujourd’hui, ils se voient tous les week-ends et tout va bien entre eux.

Tu es donc obligée d’avoir des connaissances dans chaque domaine ?

Je ne te cache pas que dans le cadre de ma cliente, je n’y connaissais absolument rien en golf. J’ai donc été obligée de me renseigner un peu sur internet, même si nous ne sommes jamais vraiment rentrés dans ce sujet-là avec le mec. De toute façon, à 50 ans, ils ne recherchent pas les mêmes choses : s’ils sentent que physiquement, il y a un attrait, et que financièrement ça suit, ils se lancent. Ils ne cherchent pas à passer leurs nuits sur internet, ils n’ont pas le temps. Après, le risque, c’est de savoir que la personne en face pourrait très bien être un net dating assistant également. Si le métier se démocratise, ça tend vers ça.

Justement, comment expliques-tu que le métier se démocratise aujourd’hui ?

Pour le moment, on peut surtout parler de démocratisation en France et aux Etats-Unis. En Equateur, par exemple, le métier n’existe pas. Mais je pense que le métier plaît parce que les gens sont speed aujourd’hui, qu’ils n’ont plus forcément le temps de draguer. Et c’est tellement plus facile de déléguer que de faire le boulot soi-même… Enfin, là, je parle pour les CSP+. Certaines personnes viennent également nous voir parce qu’elles espèrent qu’on va régler leurs problèmes psychologiques. Par exemple, quand un mec d’une quarantaine d’années vient nous voir en nous expliquant qu’il n’a jamais eu de relation sexuelle, on sent bien qu’il est traumatisé, et qu’au fond, il n’a pas besoin de nous. C’est un travail psychologique dont il a besoin. Mais le fait de faire appel à nous va l’aider, et c’est ce travail de coach qui m’intéresse le plus.

Ce sont ces personnes qui sont les plus difficiles à gérer ?

Oui – c’est toujours plus dur avec une personne qui a des problèmes personnels, parce que c’est ce qu’elle doit résoudre en premier. C’est plus difficile à gérer que ceux qui ont des exigences de dingues, mais qui, bien souvent, revoient leurs critères à la baisse après quelques conversations. Je pense notamment à ce chômeur qui m’a contacté un jour parce qu’il rêvait de rencontrer une fille qui voyage en permanence, qui pourrait l’emmener faire le tour du Monde. J’ai dû lui faire comprendre que je n’étais pas magicienne.

Des couples se mettent-ils ensemble assez facilement ?

Oui, parce que je pense que tu trouves facilement quelqu’un à partir du moment où la demande est sincère, où le profil colle. En règle générale, ce sont plutôt les hommes qui ont du mal à accrocher les femmes sur le bon sujet. C’est mon avantage du coup, étant donné que je sais ce que les femmes cherchent et ce qu’elles pensent. Après, il suffit simplement de briefer le gars avant le rendez-vous, et ça se passe généralement bien.

Mieux vaut ne pas mentir, donc.

Ce n’est pas le but. Par exemple, j’avais un client qui était très footeux et qui voulait une nana pour construire une relation sans que ce soit trop fusionnel, sans que cela devienne rapidement trop sérieux. Il m’avait dit que si la femme avait un enfant, ça ne lui poserait pas de problème. Mais tout a changé après le premier rendez-vous, et il est revenu vers moi en me disant que ça ne marcherait pas parce qu’il ne voulait pas passer ses week-ends à changer des couches. Maintenant, quand un mec me dit la même chose, je lui pose davantage de questions.

Il doit bien y a voir quelques petites astuces, non ?

Il y en a plein, bien sûr. J’achète d’ailleurs beaucoup de bouquins autour des relations amoureuses, comme Pourquoi Les Hommes Veulent Du Sexe Et Les Femmes De L’Amour : c’est un peu de la psychologie de comptoir, un peu commeLes Hommes Viennent De Mars, Les Femmes Viennent De Vénus, mais ça reste tiré de statistiques réelles. Sinon, je pense que la règle numéro 1, ça reste l’humour. Tout le monde a besoin de mettre un peu d’humour ou d’y être confronté pour avoir envie de continuer la conversation. Ensuite, il faut aussi savoir écouter, ne pas juger l’autre trop vite, et bien écrire. Tu plais d’autant plus à une femme lorsque tu as une belle plume. En dehors de ces règles, les astuces vont dépendre de l’âge et du sexe de la personne. Beaucoup de femmes, par exemple, ont besoin de se sentir extrêmement en confiance avant d’accepter un rendez-vous. Il ne suffit pas d’avoir trois conversations avec elles pour y arriver. Ceux qui essayent de précipiter les rendez-vous se font d’ailleurs souvent recaler.

Et l’idée selon laquelle il serait plus facile de rencontrer quelqu’un à Paris, c’est une réalité ?

Bien sûr : à Paris, c’est quand même facile d’approcher les gens. Il y a un vrai marché du célibat là-bas, notamment parce que les filles mettent plus de temps à se poser, contrairement aux provinces où tout le monde se connaît. Le truc, c’est aussi de ne pas s’arrêter à sa zone géographique. Souvent, il faut donc faire comprendre aux clients que, statistiquement, ils ont très peu de chance de rencontrer une femme ou un homme qui leur correspond dans leur ville.

Concrètement, ça fait quoi d’être payée pour draguer ?

(Rires) Ça fait plaisir parce que j’aime l’humain. L’amour est quelque chose de formidable qui te donne envie de sourire ! Quand tu es amoureux, tout va bien, tu vois la vie en rose. C’est donc une satisfaction énorme de savoir que tu participes à la création d’une relation. Alors quand tu peux être payée pour ça et ne plus simplement être la bonne copine qui essaye de mettre les gens en relation, autant sauter sur l’occasion. C’est plutôt un très beau métier.

Maxime Delcourt.

Source : http://www.brain-magazine.fr/article/interviews/21357-Vis-ma-Vie—Ambre,-Net-Dating-Assistant

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